31.10.2008

Un faux seul !

 

Je piochais dans mes réserves énergétiques pour écrire ce soir. Je piocherais encore plus profond pour me lever à 7h demain afin de répondre à la question à 1 600 € : Morangis et Montlhéry sont-ils des marchés locatifs dynamiques ? (si oui, développer, si non, justifier). L’avantage des déplacements était que le temps de trajet en voiture me laissait le temps d’improviser ce que j’allais raconter aux diverses personnes que j’allais forcer à croiser mon chemin. Passons.

J’avais échoué chez Prosper ce soir. Seul. Pas comme mardi où j’étais accompagné de collègues théâtraux. Je n’avais pas eu le courage de vous écrire ce soir là. Pourtant, il y avait à dire. Il y a toujours à dire. Tellement. Ce soir, donc.

Croque Prosper, quart de côtes de Blaye et bouquin. J’étais en place. La serveuse qui m’avait placé à côté d’une table composée d’une dizaine d’amis qui bavardaient et riaient bruyamment, m’avait glissé, après que je l’ai surprise en lui disant que je n’attendais personne : « Vous vous sentirez moins seul comme ça ». Je lui avais répondu : « C’est aussi pour cela que je viens ». Entre pensées laborieuses - qui mêlaient confiance et angoisse – et lecture, je promenais mon regard, comme à l’accoutumée, sur la salle, qui s’offrait, toute entière (j’étais assis tout au fond de la brasserie), à ma contemplation. Je cherchais à accrocher le regard d’un des serveuses que je connaissais et que je n’avais pas vu depuis longtemps. Je l’attrapai. Elle vint vers moi. Nous échangeâmes quelques mots. Elle revenait de vacances. Ardèche, Andalousie, Bretagne. Elle était ressourcée. Tant mieux. Mon regard continuait ses promenades. Sans être dérangé. Serein. Jusqu’à ce qu’il croise un phénomène inhabituel en ce lieu… un autre regard ! Je vous arrête de suite. Il s’agissait d’un homme. Un homme noir, avec un bonnet noir, des écouteurs noirs dans les oreilles, une chemise à rayures blanches, vertes et noires… et un regard, si ce n’est noir, au moins sombre… ah ! Je vérifiai bien… personne en face de lui ! L’imposteur ! J’étais contrarié… c’était moi, l’homme seul de chez Prosper, pas lui ! Nous nous fixâmes dans les yeux, peut être une seconde. Une complicité - que je refusais - semblait vouloir se joindre à nous. Je me replongeai dans mon livre. Dans mon verre. Dans mon croque-monsieur. Et l’oubliai. Mon regard repris sa liberté, mais en évitant de virer trop à droite. Je vis alors une femme arriver. En face de moi. Elle cherchait quelqu’un. Elle s’avança. Jeta un coup d’œil sur sa gauche. Le vit. Il n’était pas seul ! Elle était simplement en retard.

C’est soulagé que je finis mon repas. Je pensai alors à ma sœur. Qui se sentait seul. Etrangement, ça n’était pas mon cas. Un peu parfois. Mais pas profondément. J’avais confiance en la vie. Je ne la laissai pas me guider complètement cependant. Je tenais la barre, tout sachant que le courant pouvait être plus fort que moi, à certains moments. L’important était de ne jamais la lâcher. Pour cela, il ne fallait, à aucun moment, se crisper.

29.10.2008

Petite folies...

Je me demandais toujours si j'étais absolument fou ou si - tout le monde - comme moi, avait ses petites folies.

Lorsque je me suis surpris en caleçon, devant ma glace, à faire des gestes issus de Street Fighter, avec le son ("Sho Ryu Ken... Tiger... Hu Hoy...), j'ai douté... douté du fait d'être nombreusement accompagné.

Vous arrive-t-il, lorsque vous êtes seuls, chez vous, dans un ascenseur, ou dans tout lieu libre de regards extérieurs, de prononcer des inepties en gesticulant bizarrement... ?

PS: la lettre partirait demain matin. Elle était brève. Légère. Pas folle. Mais c'était une lettre, tout de même...

28.10.2008

Lettre ?

Je pensais à une d'elles. Faute d'être dans mon lit, elles m'accompagnaient toutes, dans mes pensées, plus ou moins souvent, plus ou moins longtemps... et surtout, de manière très différente. Ce n'était finalement pas désagréable. Certains profitent du célibat en multipliant les ébats. J'en profitais en multipliant les songes. C'est stupide, me direz-vous, je pourrais faire le deux. Peut-être... nous verrons. J'avais flirté et approché l'ébat avec Noix-de-Coco (j'ai décidé de leur donner des noms de fruits... chacun ayant une certaine signification secrète). Peut-être l'atteindrais-je avec Poire ? J'y croyais beaucoup moins avec Mangue. En attendant, je commençais à aprécier le fait de pouvoir penser à qui je voulais, comme je voulais, sans avoir à faire à madame culpabilité.

J'étais assez préoccupé par le fait qu'elles puissent me lire... j'en avais à la fois assez envie et très peur. Je me demandais toujours ce qu'elles pourraient en penser... "qu'il est romantique !" ou "quel gros con qui me donne un nom de fruit en me mêlant à d'autres grognasses" ou encore "il est bien gentil mais je préfèrerais qu'il porte ses couilles et me drague comme il faut" ... sur la dernière réplique, je répondrais que je ne sais pas faire "comme il faut".

Il n'y en avait qu'une dont j'étais certain qu'elle ne me lisait pas. Et que, sauf décision contraire de ma part, elle ne me lirait pas avant un moment. C'est à elle que je pensais ce soir. Je n'ai pas encore trouvé son nom de fruit. Je pensais à elle car je pensais au théatre. J'avais lu Les Justes dans le train. Très belle pièce. Kiwi (hop, c'est elle, c'est doux mais ça pique un peu quand même) ne faisait pas partie du groupe avec lequel j'allais travailler cette fois-ci. Mais je m'étais remis à penser à elle quand même. Et au fait que je ne la verrai pas avant 3 semaines.

Je pensais alors à lui envoyer un petit mail... juste pour prendre des nouvelles et parler de théatre... mais elle ne lisait pas (souvent) ses mail... l'idée saugrenue et parfaitement Louisesque m'était alors venue à l'esprit de lui envoyer un texto pour la prévenir que je lui avais envoyé un mail... mais comment pouvais-je même avoir des idées aussi ridicules ? Allo !!! Mais qui est aux commandes de ce cerveau ???

Il n'y avait aucune urgence. Alors pourquoi un texto ? Et pourquoi même un mail finalement? Pourquoi pas une lettre ?

Une lettre ?! Oui, l'idée me plaisait bien, mais voilà... qu'en pensez-vous ? De nos jours, entre jeunes, la lettre n'est plus la règle. Elle est l'exception. Je pense pouvoir dire sans me tromper que, parmi les moins de 30 ans, ceux pour qui la lettre est restée la règle sont des exceptions. On écrit une lettre lorsqu'on est loin. Ou dans des circonstances exceptionnelles, pour dire des choses importantes. La lettre a pris, si je ne m'abuse, un caractère quelque peu "sacré", qu'elle n'avait sans doute pas dans le passé. Je parle des "vraies" lettres, pas des cartes postales (même si elles aussi commencent à se raréfier face à la rude et déloyale concurrence des MMS). En ce qui me concerne, si je reçois une lettre, je m'attends, en l'ouvrant, à lire quelque chose d'important, ou d'inhabituel... d'ailleurs, je prends mon temps pour l'ouvrir... la dernière en date officialisait ma rupture...

Bref, tout ça pour dire que si j'envoyais une lettre à Kiwi pour lui dire "Comment ça va ? Comment se passent tes cours à la fac ? Et quid de ta répétition avec Courgette ? (je lui donne un nom de légume car elle ne fait pas partie des elles officielles, bien qu'elle soit assez jolie)... je vais faire un truc sympa avec Alessandro, Ludovic et Amandine (ça fait presque amande donc je lui laisse son vrai prénom)..." ... n'allais-je pas passer, définitivement, pour un fou ?

D'un autre côté, on ne pouvait guère faire pire que le premier mail que je lui avais envoyé. Alors pourquoi pas ?

Si je l'écrivais avec suffisemment de finesse et de légèreté, peut-être était-ce une idée. De toute manière, sachant qu'elle était en couple depuis 4 ans, j'agissais sans pression. Disais-je.

Je vous tiendrai au courant.

27.10.2008

Elles

Cette note sera sans accent car je tape depuis un qwerty. Je me relisais... entre un saut a la FNAC, rayon theatre, et un rendez-vous dans le 8eme arrondissement (de Lyon), pour "affaires". A la FNAC, j'avais trouve ce que je cherchais, une jolie scene a 1 fille et 3 garcons... dans Les Justes, de Camus... nous allions jouer des revolutionnaires communistes... plutot divertissant. Cet apres-midi, en revanche, il ne faudrait, a aucun moment, que je passe pour un revolutionnaire...

Je me relisais, donc :

"Alors, j'attendais qu'elle ressurgisse. Qui est-elle ? Je le sais, et cela suffit pour le moment. Une surprise inattendue. Une surprise dont je ne sais si elle me fera plaisir lorsque je l'ouvrirai, si la vie me donne l'occasion de l'ouvrir. Une surprise que j'ai déjà imaginée, il y a bien longtemps. Une surprise que j'ai toujours estimée inaccessible. Une surprise qui saura, je l'espère, me surprendre."

Je me trouvais ridicule. Et j'etais ridicule, depuis plusieurs mois (depuis toujours ? pour toujours?) dans ma facon d'aborder les femmes (ceux qui disent les filles ont deja une longueur d'avance sur moi, je crois...). Ou etait-ce la vie qui etait ridicule ? J'effrayais... tout cela parce que je parlais franchement ! Manque de tact, me disait-on... au diable le tact ! Il est le cousin de l'hypocrisie... vous aurez compris que je dis cela parce que j'en suis depourvu... la mauvaise foi n'est pas loin !

Je reflechissais trop... me disait-on aussi... vrai ! Mais parce que je suis timide !! Maladivement !!! Certes, je renvois tout le contraire... artifice vieux comme le monde. En attendant, j'intellectualisais faute d'agir... je m'inventais des histoires, auxquelles je voulais croire, mais sans y croire... car je me mefiais comme la peste de mon penchant "amour impossible"... je cherchais simplement a etre "normal"... je sais que ce mot ne veut rien dire... disons que j'essayais au moins de ne pas faire peur... de ne pas faire fuire... force etait de constater que je n'y parvenais guere...

Il y avait une nouvelle elle depuis vendredi... elles etaient 4 ou 5 desormais... mais j'etais toujours 1.

Cela devait-etre naturel... se faire "tout seul"... me disait-on encore... mais quand ???

Timidite et impatience sont de pietres compagnes pour un celibataire... !

22.10.2008

Conséquences variables

L'impatience est une étincelle

21.10.2008

Parisienne ?

Elle a été élevée dans le 11ème arrondissement. Par un père écrivain. Un autodidacte. Qui avait le temps de venir la chercher à l'école. Elle a donc grandi à Paris, sans nounou. Une mère prof de droit, qui écrit aussi. Elle dit avouer pouvoir être rangée dans la case bobo. Mais cela l'énerve. Elle dit penser avoir arrêté de mettre les gens dans des cases. Comme il était mignon de dire cela, à 21 ans. Elle se défend d'être une "parisienne" car elle a passé ses vacances à la campagne, dans le Périgord. - "Je n'allais pas au ski ! Je n'allais pas visiter des pyramides, moi !"... Ludovic et moi rions beaucoup... elle s'enfonce - naïvement - dans la case qu'elle cherche à fuire. Mais elle ne m'énerve pas. Malgré moi, alors que je sais que cela ne rime à rien, que le terrain est miné, que le jeu n'en vaut pas la chandelle... elle me fait craquer. Mais gentillement craquer. Le lundi.

J'aimerais tant écrire plus longuement, sur elle, sur L.m, sur A.m (qui n'était pas en grande forme ce soir)... sur les autres que je connais moins mais qui tous, étaient là.

Mais je dois être chez l'imprimeur à 9h. Avoir vérifié avant que les 434 pages de l'OIH (attendu comme le messie par certains de nos clients) sont bien en place sur leur clé USB. Puis "échanger" avec O.G (homme appartenant à une entreprise distincte de la mienne, un partenaire conflictuel), sur le marché des bureaux neufs (le pauvre trouve que le texte qu'il a écrit est plat, il appelle au secours)... avant d'écrire ma propre prose sur le sujet... triste prose, prisonnière d'un carcan mercantile, faussement objective... mais qu'est-ce que l'objectivité ? Nos médias sont à la dérive... la plupart en font trop ou pas assez... voire réussissent à faire les deux, mal.

Alors, j'attendais qu'elle ressurgisse. Qui est-elle ? Je le sais, et cela suffit pour le moment. Une surprise inattendue. Une surpise dont je ne sais si elle me fera plaisir lorsque je l'ouvrirai, si la vie me donne l'occasion de l'ouvrir. Une surprise que j'ai déjà imaginée, il y a bien longtemps. Une surprise que j'ai toujours estimée inaccessible. Une surprise qui saura, je l'espère, me surprendre.

18.10.2008

Belle phrase de grand père

La gentille carte que m'a envoyée mon grand-père maternel pour mon anniversaire se termine ainsi :

"Porte toi bien, garde un bon moral et fais de bonnes affaires."

J'adore... je me dis que quand j'aurai un coup de cafard, je me répèterai cette phrase, et ça ira mieux !

14.10.2008

En blanc

Demain, je mettrai mon costume blanc. Je ne voyais pas de client. Alors j'étais libre.

Lundi soir

L'après théâtre...

Après le premier cours, personne ne s'était retrouvé pour boire un coup.

Après le second, nous étions deux, A.m et moi.

Après le troisième, nous étions 6. J.f n'était pas là.

Après le quatrième, nous étions une dizaine. J.f était là.

Elle avait donc un "copain". Je le savais depuis hier. Depuis 4 ans. Je le savais depuis ce soir.

En redescendant la rue de Ménilmontant, avec I.f (pas celle du boulot, celle du théâtre) et J.f, nous sommes passés devant la place de ... Ménilmontant. Je leur ai raconté - car je suis du genre à tout raconter assez facilement - que, d'après moi, c'était sur cette place, qu'un soir, M.f avait sans doute pris la décision de me quitter. Nous étions avec (je ne citerai personne) saouls, en train de jouer avec des plots de chantiers. Nous les mettions dans les arbres, sur les murets, sur les voitures. M.f était là. Seule au milieu d'énergumènes en quête de sensations hors quotidien. Elle s'ennuyait. Je n'avais pour elle aucune attention. Quelques semaines plus tard, je me cassais la jambe dans le même genre de circonstances. Quelques semaines plus tard, elle me quittait.

I.f et J.f semblaient ne pas me croire lorsque je leur disais que j'étais remis de cette rupture. 4 ans, 4 mois. Cela paraissait pourtant assez logique. Bien sur, j'avais cru un moment ne jamais me relever. Mais il fallait bien marcher !

Pendant ce temps là, A.m était dans une rue parallèle; ou plutôt perpendiculaire. Il cherchait à recroiser celle qu'il devait aimer ce soir.

Dimanche, à 21h, nous répéterions à nouveau la Mouette. Je serai à nouveau Trigorine. Elle serait à nouveau Nina.

12.10.2008

Dimanche

Dimanche. 14h. Jardin des plantes.  Soleil voilé. Température agréable pour un mois d’Octobre. Nous sommes assis sur un muret car tous les bancs sont occupés. Nous nous mettons d’accord sans difficulté  sur une scène.  Nous coupons des passages et jonglons entre nos deux versions dont les traductions sont assez fluctuantes. Je recopie certains passages au crayon de papier sur mon bouquin car dans l’ensemble, sa traduction – de Marguerite Duras, est meilleure que la mienne – d’Antoine Vitez. Nous commençons à répéter.


Elle est Nina. Je suis Trigorine. Dans La Mouette, de Tchekhov. Elle m’aime. M’admire. Je suis un écrivain reconnu mais blasé. Elle est une jeune comédienne naïve et enflammée  (qui me fait penser à la « vraie » Nina, que j’ai croisée cet été à Vienne). La personnalité discrète, presque timide, sans doute profonde, de J.f, et sa voix fluette,  collent assez mal avec le personnage. Elle m’a d’ailleurs dit qu’elle préférait Macha. Une dépressive alcoolique ! Ténébreuse, intelligente, toujours vêtue de noir… je me demande un instant laquelle je préfèrerais moi-même. Sans doute un mélange des deux. En indécrottable centriste. Arriverais-je un jour à assumer des choix tranchés ? Mais n’ai-je pas raison de penser que c’est dans la difficulté du compromis que jaillissent les plus belles vérités ?


Nous nous apercevons vite que le fait d’avoir les yeux rivés sur le texte n’en facilite pas l’interprétation…  une fois que nous avons parcouru le  passage en entier et que nous nous sommes globalement mis d’accord sur l’état émotionnel des personnages, nous voilà dans l’impossibilité d’aller vraiment plus loin…


-  Bon, mais on a fini alors… ? C’était bref ! On va boire un café ?
- Je ne peux pas, je dois aller faire du vélo avec une amie. On va manger une glace.


Je suis venu à vélo. L’idée me traverse l’esprit une seconde de tenter de me joindre à elles. Mais j’ai un passif qui rend la chose compliquée…


A la fin du troisième cours, nous avions déjà convenu de répéter une scène ensemble. J’avais pris l’initiative de proposer. Elle avait accepté, après une légère hésitation.  J’avais noté son adresse e-mail ; envoyé un courriel (Papa, si tu me lis…) le mercredi ; et fait une « Louis » (on prononce le «s»). C'est-à-dire que j’avais écrit la phrase de trop. Au lieu de me contenter d’un e-mail factuel, je n’avais pu m’empêcher d’ajouter : « Tu étais magnifique lorsque tu récitais tes vers de Rimbaud, avec ta mèche qui fendait tout ton visage et ton air absorbé… j’ai apprécié ! »… jeudi, vendredi … pas de réponse… lorsque j’en parlais à mes amis, ils me disaient que j’étais un grand malade, et qu’elle avait nécessairement dû penser la même chose… la probabilité de répéter avec elle une scène  le week-end était devenue bien mince le vendredi soir. J’en étais malade. Je m’en voulais à mourir. Pourquoi avais-je donc encore une fois été incapable de contenir mes élans si ridicules ??? J’avais renvoyé un mail très bref le samedi, vers midi, pour demander si notre séance était maintenue.  Silence. Réponse le dimanche à 14h. En substance : « Je viens seulement de voir  mes mails, je n’ai pas Internet chez moi… semaine chargée… rentrée à la Fac… tombée malade… encore désolée… mais je t’autorise à choisir quelqu’un d’autre pour te venger de ce faux bon ! à demain ».  A la bonne heure ! Elle m’autorisait à jouer avec quelqu’un d’autre ! La veille du cours ! Alors que je n’avais les coordonnées de personne ! J’étais furieux. Vexé comme un pou. Mais en fait un peu soulagé d’avoir quand même eu une réponse. Car j’appréhendais sérieusement les retrouvailles dans le cas contraire. Je m’étais ensuite défoulé en répétant un sketch de Raymond Devos ; et promis de ne pas lui proposer quoi que ce soit le lendemain. Je proposerais à  A.m, ce serait bien plus sympa.


Mais c’est elle, qui en arrivant lundi, m’a proposé, immédiatement, après avoir réitéré ses excuses, de remettre ça à la semaine suivante. Avais-je d’autre choix que d’accepter ? J’étais ravi.


Bref… tout cela pour dire que chercher à me joindre à elle et son amie ferait vraiment dernier des lourdauds.


- Je pensais que ce serait un peu plus long tout de même…
- On peut le refaire encore une fois si tu veux…


C’est reparti pour un tour mais c’est mauvais. Poussif. Je stoppe.


- On aurait dû apprendre notre texte avant de se voir pour répéter, en fait…
- Oui, mais on ne savait pas encore quel passage on allait choisir… tu sors à quelle heure du boulot demain ?
- Trop tard…
- Ah oui , c’est vrai, tu viens directement…
- Je sors même plus tôt spécialement pour être à l’heure…  tu pourrais ce soir… ?


Je sens une gêne.


- Non, désolée, je vois mon copain.


Elle rougit légèrement.


Et merde ! Voilà exactement ce que j’ai pensé au moment précis où elle a prononcé le mot fatidique.  « Copain ». Marre de tous ces « copains » ! Qui sont-ils  tous ces « copains » ? Et celui là en particulier ? Un jeune étudiant en lettres certainement. Qui porte des pantalons larges, vote coco et fume des pétards ? Moi aussi je fume des pétards, d’abord ! Moi aussi j’aime la littérature, même si je n’y connais rien (il y connait quelque chose, lui ?) ! Moi aussi j’ai des idéaux de gauche – si je veux ! Moi aussi je suis un mec cool ! Mais en plus, je gagne ma vie, moi ! Je me crève le cul pour être indépendant et relativement à l’aise. Je ne suis plus un gamin ! En deux mots, je vaux mieux que son p… de copain de m… !!!  Tout ça se passe très vite dans ma tête. Comme si c’était préparé. Prêt à jaillir au moment où elle ferait l’annonce. Je ne pense pas vraiment tout ce que pense sous le coup de l’énervement, notamment du mal de son copain, car, au fond,  je ne pense jamais du mal des gens… sauf lorsqu’ils sont foncièrement mauvais (comme Monsieur S., promoteur immobilier de son métier, qui a déclaré mardi, alors que nous prédisions, voire jugions souhaitable, un baisse de 15% des prix dans le neuf : « Cela serait un scénario catastrophe pour nous. Je ne l’envisage pas. Comme les logements restent rares, je ne vois pas pourquoi les prix baisseraient. Peut-être que 90% de la population sera insatisfaite, mais je suis promoteur, je ne suis pas l’abbé Pierre, d’ailleurs, il est mort ». Fermer la parenthèse). J’en étais donc à être globalement contrarié par sa dernière phrase.


Un blanc.


Je reprends. L’air de rien, du moins j’essaie.


- Non mais ça ira. Si on a bien appris notre texte tous les deux…
- Oui…


Elle cherche à poursuivre un peu. En reprenant un passage. Mais le cœur n’y est plus. La séance se termine assez vite. Nous marchons ensemble vers la sortie.  Puis nous séparons. Elle me promet de bien travailler son texte. J’en fais de même. J’enfourche mon vélo et décide de rouler vers Notre-Dame, sans savoir vraiment comment je vais meubler ma fin de journée. Il est 15h30, ça a été trop bref. J’espérais mieux. Sans savoir quoi. Et en sachant, au fond, que je ne l’obtiendrais pas.


Sur mon vélo, les pensées se bousculent. Je ne suis pas désespéré, car je ne suis pas amoureux. Je la connais à peine. Mais déçu, oui.  J’ai conscience que je laisse - plus ou moins consciemment -  théâtre et réalité se mélanger pour créer une nébuleuse dans laquelle je me noie.  Je m’arrête sur la pointe de l’Ile de la Cité. Je commence péniblement l’apprentissage de mon texte. Mais mon esprit m’échappe. Il part dans ses questionnements désordonnés sur ma vie et moi-même, questionnements  que je subis sans les cautionner. Illustration.

Alors que je suis debout, en train de répéter une tirade en gesticulant, un passant me regarde en souriant, me faisant prendre conscience de la situation.  Je suis en train de faire du théâtre. Oui, c’est cela. Je touche du doigt ce qu’est être un artiste. Ce n’est pas si extraordinaire que ça  finalement. Je reste moi. Le monde reste le monde. Rien n’a bougé. Simplement, au lieu de me torturer les neurones devant un écran d’ordinateur, des courbes, des tableaux de chiffres… de rédiger des analyses de conjoncture sur les marchés immobiliers….  de faire parler des gens pour répondre aux questions de mes clients… de m’évertuer à ce qu’I.f, A.f, G.m et M.m donnent le meilleur d’eux-mêmes alors que ce que je leur demande de faire est le plus souvent pénible … j’apprends un texte pour le jouer. J’apprends par cœur des phrases. Certes, le texte est très beau. Mais je m’aperçois que je n’ai pas l’esprit suffisamment libéré pour l’apprécier pleinement. Je ne suis donc pas encore un artiste. Je n’arrive pas à me lâcher. Car j’en reviens toujours à la case question.  Je vois un couple avec une poussette et me demande si j’aurai un jour un enfant.  Je vois un couple avec des appareils photos et je me demande si ils sont heureux, ou plutôt, comment ils sont heureux…  ils ont l’air assez distants. Elle a l’air de s’ennuyer. L’amour s’évapore-t-il toujours ? Le recroiserai-je un jour ? Ne l’ai-je pas déjà un peu recroisé ? Mais est-ce de l’amour ? Qu’est ce que l’amour ? … … … Depuis que je suis arrivé,  2 sœurs et leur frère jouent à cache-cache…  ils se tapissent dans les buissons, complotent, courent, rient, ne se chamaillent pas… ils se taquinent plutôt…  ils ont les visages peints…  ils s’amusent… en les regardant, je cherche à ressentir ce que peut-être l’amour filial. Le retour à la maison sur les coups de 17h, le goûter… la chaleur du foyer… mais aussi l’excitation à canaliser… répondre aux questions… être digne dans sa tâche d’éducateur… et aimer, sincèrement, simplement, tendrement. En serai-je capable ? En ai-je envie ?  Je vois leur père fatigué, se tenant la tête dans les mains. Ignorant leurs exclamations enthousiastes. Je ne sais pas quoi en penser. Mais doit-on penser quelque chose de tout, tout le temps ? Alors je me mets à détester cette incapacité que j’ai à simplement m’émerveiller des choses. M’émerveiller de ces enfants qui jouent. De ses arbres qui jaunissent. De la Seine qui coule. De ce vieil homme sur un banc qui me regarde du coin des yeux depuis tout à l’heure. De cette bande de jeunes qui vient de faire son apparition… non !  Trop parisiens, trop « minets »… ceux-là, je l’assume, je ne souhaite pas m’en émerveiller.

Je n’ai pas appris tout mon texte mais décide de poursuivre mon chemin. J’ai une petite faim. Je vais chercher un bar un peu plus loin. J’ai envie de sucré. C’est très rare. Je vais en profiter. En longeant les quais, je m’arrête au stand des bouquinistes. J’ai envie d’acheter un livre. Mais comme toujours, je suis paniqué par la quantité de choix. Elle me renvoie à mon inculture… Giono, Camus, Mac Orlan (je l’ai retenu car c’est le nom de la rue où habitait Marie à Rouen… je ne savais même pas que c’était un écrivain), Apollinaire… et d’autres noms… beaucoup d’autres noms… certains dont j’ai lu un ou plusieurs ouvrages (ils sont nettement minoritaires) ; certains que je connais tout de même de nom (ils sont majoritaires car, sans aucun doute possible, je me suis arrêté à un stand qui propose des « classiques »);  et quelques inconnus.  Je cherche à lire les quatrièmes de couverture mais la plupart sont vierges ! Me voilà bien mari ! Je décide cependant de rester à ce stand. J’y choisirai un livre. C’est mon côté têtu.  Et « one shot ». J’aime choisir vite. Sans avoir toujours effectué les comparaisons que d’aucuns estimeraient raisonnables. Je fonctionnais de la même manière lorsqu’il s’agissait de choisir un stage ou un appartement…  idem pour mon premier boulot… peut-être bientôt pour mon second. Je ne fais pas n’importe quoi non plus. Je réfléchis beaucoup. Mais disons que j’évite la multiplication d’efforts « matériels » (visites, entretiens, repérages dans les magasins…). A quelques déconvenues près (une colocation catastrophique, un costume que je déteste mais que je me force à porter de temps en temps…),  je m’en tire généralement assez bien. Alors, je me dis que ça ne sert à rien de chercher trop longtemps. Là, je choisis au titre. « Le lutin sauvage ». Ca m’amuse. Pas de quatrième de couverture. De Louise de Vilmorin.  Inconnue au bataillon. Je paie. Je vais m’en aller. Mais j’aperçois le nom de Victor Hugo. Je n’ai quasiment rien lu de lui… peut-être les misérables au collège mais je ne m’en souviens pas… des extraits en première… bref, rien. Je me dis que ce n’est pas possible. Qu’il faut bien commencer par le commencement. J’achète « Souvenirs personnels ». Et file, satisfait.


Je dépose mon vélo au coin du parvis de Notre-Dame. Ca grouille de monde. Je suis content. Ca me soulage un peu de mon sentiment de solitude dominical. J’ai bien cherché, comme toujours à la dernière minute,  à me « trouver » un dîner. C.f, une cousine, ne peut pas. J2.f, une amie, ne répond pas. C’est elles (et P.m, l’ami de C.f) que j’avais envie de voir. Je sais que je finirai mon week-end seul. Me fondre dans la foule me fait du bien. J’aime regarder les gens. J’aime le bruit qu’ils font.


Dans la famille « choix vite fait », je demande le bar. Bonne pioche. Je ne me suis pas arrêté au premier que j’ai vu, mais au second. Il ne faut pas croire, j’ai des techniques tout de même ! Une place en terrasse. Des voitures, certes, mais un vue dégagée, et beaucoup de passants. Qui défilent devant moi. C’est bien. J’ouvre « Le lutin sauvage ». J’accroche assez. Pas non plus de façon incroyable, mais comme c’est écrit gros et dans un style à la fois fin et simple, je sais, après quelques pages, que j’irai au bout du livre.


La carte offre un joli choix de desserts. Dont la crêpe complète (chocolat chaud, glace vanille, chantilly, amandes…)…  je commande un capuccino en plus.  J’appelle deux de mes sœurs concernant des week-ends à venir.  Je suis au téléphone quand la commande arrive. Jackpot! La crêpe est servie nature, dans une assiette, avec, à part, un cruchonnet* de chocolat fondu, une coupelle copieusement remplie de crème chantilly saupoudrée d’amandes et une autre coupelle contenant une boule de glace à la vanille. Le capuccino est généreusement recouvert de chantilly, aussi. L’ensemble en jette. Les passants ralentissent. Certains se retournent. Mes voisins sont jaloux. Je raccroche. Je règle. Je regarde les différentes composantes de ce goûter improvisé avec excitation. Je commence par boire le café, n’osant pas trop toucher au reste pour le moment… j’observe le butin… une dernière petite cuillérée de crème au fond de la tasse… et hop ! Un peu de chocolat sur la crêpe et une première bouchée… elle a un bon goût de cannelle… une idée ! Je verse un peu de chocolat dans la glace… c’est bon ! Quoi d’autre ? Un peu plus de chocolat sur la crêpe, et de la crème, beaucoup de crème… c’est très bon ! Je m’arrête un instant et contemple le champ de bataille. J’aperçois une brèche dans la ligne de défense adverse ! Je n’ai pas encore versé de chocolat dans la coupelle de crème chantilly ! Je m’exécute et dévore le tout rapidement… Il me reste encore une combinaison !!!  Je dépose le reste de la glace sur la crêpe déjà chocolatée et crémée… c’est l’apothéose, la lutte finale, le grand soir ! Je pèse 62kg pour 1,78m.


L’assiette est vide… que faire ? Poursuivre le lutin sauvage ? Continuer l’apprentissage de mon texte ? Ici ? Ailleurs ? A la maison ? … J’ai un coup de moins bien, le blues n’est pas loin. Je sors une enveloppe et commence à griffonner. « Elle avait donc un copain... et merde ! Voilà ce que j’ai pensé sur le moment … » Arrivé au bout de l’enveloppe, je me lève, m’en vais. J’ai envie d’écrire. Très. Il faut que je rentre. Je ne roule pas trop vite, car je n’ai pas envie de transpirer.


J’arrive à la maison. Là, le petit passage à vide habituel. Au lieu de m’atteler de suite à la tâche,  je « rôde » sur Internet. Le Monde. L’équipe. L’est Républicain. Avec toujours ce sentiment de culpabilité de ne pas pouvoir tout lire ou de ne pas m’intéresser à tout. Facebook… je ère sur les profils de mes « amis » (je suis fier de n'en avoir « que » 77... je n'ai pas réussi à faire moins) et regarde les photos, uniquement les photos, toute sorte de photos…. Check mail. Un petit tour sur le site Internet que je suis en train de développer au boulot. Boulot, boulot, boulot… la déprime n’est pas loin.


Je ressors l’enveloppe. Je la lis. Et commence à écrire. Trois heures plus tard, il est 21h49 (23h18 maintenant que je finis de me relire pour la x-ème fois, mais je sais que j’ai dû laisser des fautes, se relire sur écran est très difficile, j'aurais dû installer l'imprimante que j'ai reçue en héritage de mon oncle Jérôme, plutôt que de la descendre à la cave, par pure flemme). Je dois encore finir d’apprendre ma scène et surtout, apprendre à la jouer ! Je sais que je vais butter sur le passage ou je dois prononcer les mots "dépité, déprimé" et rire tout de suite après... très technique. Je vais manger un morceau d’abord. J’ai digéré ma crêpe ; ma déception ; et n’ai pas dit mon dernier mot.

* Je me suis permis d’inventer ce mot car il s’agissait vraiment d’un petit cruchon… tout petit… 5 cl, pas plus, mais une forme de cruche… et cruchon sonne trop vin, trop taverne, pas assez raffiné. Donc cruchonnet, je préférais.

Toutes les notes