07.11.2008

Grains de sable

 

J'avais envie de shooter dans la poubelle... les grosses poubelles vertes qui traînent dans le rues... la renverser... et crier, devant tout le monde... "Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?? On ne peut même plus dégommer des poubelles tranquille ? Allo ??? Allo ???"... ok, j'en rajoute un peu, j'avais juste envie de frapper la poubelle avec mon pied. C'est finalement ma mallette qui a frappé un poteau. Puis je me suis emparé du Direct Soir que j'ai roulé en rouleau (logique) et que j'ai utilisé pour fouetter chaque poteau que je croisais. Jean-Marie Bockel, qui faisait la couverture, a dû le sentir passer. Le tout était fait dans une relative discrétion.

Je ressentais cet effet qui maintenant m'est assez familier le vendredi vers 19h... le pic de caféine... car j'abusais du café le vendredi... mais ce n'était pas cela qui m'avait donné envie de fouetter les poteaux. C'était elles. Encore elles.

Elle prenait à droite. Je continuais tout droit. Encore une dans le sac de laquelle je n’avais pas réussi à glisser discrètement ma carte de visite. Exercice délicat. Et puis, ma carte de visite professionnelle ne faisait pas l’affaire. Chargé d’études… 75116… pas assez romantique. Je la sortais toujours mais jamais avec la volonté vraie de m’en séparer. En réalité, je m’entraînais. Pour quand je me serais fait faire ma carte de visite « d’artiste ». Je constatais en attendant qu’il serait difficile de la disséminer aisément dans les sacs à mains des femmes*… et oui, j’en étais encore là… à parler des femmes ! A Paris, elles étaient jolies, elles étaient partout, sauf dans mon lit ! Le temps d'un trajet de métro, elles étaient au moins quatre ou cinq à avoir arrrété mon regard.

La palme ne revenait pas à celle qui avait pris à droite alors que je continuais tout droit. Elle était pourtant très mignonne. Je l'avais suivie dans les couloirs (elle sortait d'un wagon voisin) mais n'avais pas pris le même escalier qu'elle pour sortir place de la Nation (j'empruntais un racourci "d'intitié")... j'avais attendu de la voir surgir de l'escalator (mon racourci était un vrai racourci)... oui, elle était  vraiment très mimi... je l'avais suivie à nouveau, une cinquantaine de mètres, jusqu'à ce qu'elle traverse l'avenue... je savais pertinemment que cela ne rimait à rien... je fais souvent des choses dont je sais pertinemment qu'elles ne riment à rien. La palme ne revenait pas non plus à celle-ci, dont l’air vulgaire-salope-ténébreuse m’avait interpelé lorsqu’elle s’était levée pour sortir. Ni à celle-là, grande et fine (taille mannequin); blonde ; la trentaine ; classe (même si le haut de son jean présentait un léger accroc). Ni encore à cette dernière, un quart de siècle environ, brune, mi classique, mi décontractée, teint mate, beauté naturelle (mais l’air tendue).

La palme revenait à cette dame, qui pouvait avoir entre 35 et 45 ans, et qui m’a fait face d’Iena à Charonne. Cheveux noirs. Yeux noirs. Très pâle. Mais quelque chose de très chaud dans le visage. On aurait dit l’Andalousie. Des lèvres discrètes et généreuses. Un manteau bleu marine cousu de grands motifs en forme de roses rouges. Un chemisier violet, que j’apercevais à peine mais qui était, de toute évidence, élégant. Un châle dans les tons violets également ; avec un peu d’ocre, je crois. Une jupe… verte ? Oui sans doute, verte kaki pâle. Des collants marron clair. De jolies petites chaussures noires à boucles. Une grande dignité. J’étais absorbé. Je l’ai contemplée presque tout le trajet. A aucun moment elle n’a croisé mon regard. Se sentait-elle observée ? Je ne reluquais pas. J’admirais. Le plus discrètement possible. A-t-elle senti la chaleur à la fois douce et passionnée qui s’échappait - par instants aussi brefs que puissants - de mes yeux ? Ou ne m’a-t-elle-même pas remarqué ? Etais-je pour elle un élément du décor métrotique parmi d’autres ?

Quand elle a pris à droite, j’ai vraiment eu l’impression qu’elle me fuyaient toutes. Ou plutôt, qu’elles m’échappaient. Elles étaient comme le sable dans la poignée de la main. On le sent, un moment. Il est chaud. Puis s’enfuit. Insaisissable. En milles grains…

* selon T.m, cette pratique relèverait d'une attitude de serial-killer... oh ! Je suis un timide, pas un criminel ! Il trouverait beaucoup plus naturel que je leur tende ma carte, avec un grand sourire, en leur disant un truc du genre "Je vous trouve ravissante, je vous donne ma carte, ce serait un plaisir pour moi de vous revoir"... ok, je vais y réfléchir, mais franchement, il faut oser... j'y ai déjà pensé, bien sûr... et ce n'est pas tant le refus de la personne elle même qui me fait peur... mais dans le métro... sur la 9 qui plus est... aux heures de pointe... on est quatre par m²... c'est le regard des autres qui me gêne le plus... faire ça devant tout le monde... alors que c'est un truc personnel, merde! Fermez les yeux! Laissez-moi tenter ma chance en paix ! Je vous demande de fermer les yeux une fois toutes les deux stations ? Et alors ? Vous pouvez me demander la même chose si vous voulez! Je saurai passer mon tour. Les gens s'en foutent? Ne me regarderont même pas ? Ils en ont vu d'autres ? Ok, je vais réfléchir, vous dis-je.

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