23.11.2008
Le retour de François !
Après une année blanche pour ne pas dire noire, François Bayrou est de retour. Je l’ai entendu tout à l’heure à la radio et je dois dire que j’ai été surpris. Plutôt agréablement.
Comme vous, je m’endormais… les magazines politiques virent au people, les journaux ne savent plus par quel bout prendre la « crise », mais ne parlent que de ça. Lorsqu’ils ne parlent pas des guerres internes au PS. Je ne regarde pas la télévision donc je ne sais pas trop ce qu’on y raconte mais je doute que ce soit bien différent. Et je travaille, j’ai des loisirs, je me pose des questions sur mon petit moi… mais au fond, l’absence de projet politique à la fois crédible et enthousiasmant, en France, me travaille terriblement. Il est probable qu’Obama tendra la main à l’Europe. Serons-nous digne de la recevoir ? Serons-nous en mesure d’être une réelle force de proposition dans la nécessaire refonte du système financier ? Nous sommes face à un défi passionnant, historique par son envergure et la responsabilité qu’il implique : penser un nouveau système, mondial, en conservant tout ce qu’il y a de bon dans le système actuel, car il y a du bon, et en s’appuyant sur des technologies dont ne disposaient pas les derniers « grands hommes » (qu’ils soient d’un bord ou de l’autre). Un système qui corrige les excès du capitalisme financier, donne toute sa place à l’enseignement et à la culture (plus que jamais maltraités), réussisse le difficile le virage du développement durable. Tout en ne remettant jamais en cause la liberté individuelle et notamment, le droit de posséder (droit qui ne doit cependant pas devenir une espèce de devoir). Un système, qui, en mettant en place un certains nombre de garde-fous, humains et techniques, fasse en sorte que la cupidité, la soif de pouvoir, l’avarice… ne puissent pas s’exprimer aussi facilement et naturellement qu’elles le font aujourd’hui (consciemment ou inconsciemment). J’aurais la prétention de m’auto-citer : « Veillons chacun à ce que le destin des coquins soit une coquille vide ». Les vautours planent déjà autour des cadavres de la crise….
Il m’arrive de penser à tout ça. Et puis il m’arrive, comme à beaucoup d’entre vous, je présume, de me dire que tout cela est une utopie. Qu’il y a toujours eu des guerres. Toujours eu des riches et des pauvres. Toujours eu des inégalités. Qu’aujourd’hui, quand même, notre espérance de vie est grande et notre vie plutôt confortable comparée à ce que cela pouvait être dans le passé. Que nous sommes des hommes libres. Alors merde, profitons-en ! Au diable les africains qui meurent de faim ou les tchétchènes qui se font massacrer ! Au diable le conflit israélo-palestiniens ! Au diable les terroristes ! Ils taperont sur les Américains et les Anglais, pas sur nous (nous ne prenons pas forcément la bonne voie pour cela…) Au diable - aussi - les anticapitalistes qui sont de gentils rêveurs mais pas le genre de gens à qui je confierais le destin de mon pays. Eh ! Exercer le pouvoir, c’est du boulot les gars !
C’est François qui m’avait redonné cet élan. J’en entends déjà rire. Et bien, pour les joueurs de belotte, je sur-coinche ! Oui, j’avais trouvé François Bayrou – qui m’avait beaucoup déçu depuis un an – plutôt convaincant dans son rôle d’opposant. Pendant que le parti socialiste était occupé à compter – pour la deuxième fois – avant une troisième sans doute – des bulletins, il était au micro de France-Inter. Il était venu nous alerter. Nous mettre en garde. Signaler son désaccord avec un certain nombre de mesures qu’était en train de prendre, pendant ce temps là, le gouvernement. Dont certaines lois, importantes, qui sont en train, ou vont peut-être, modifier, en profondeur, notre modèle de société. Sur l’éducation, les retraites, l’audio-visuel, l’indépendance de certaines professions… il abordait également notre relation avec l’Allemagne qui se dégradait de jour en jour. Ainsi que le nécessaire plan de relance au niveau européen, avec, pourquoi pas, des politiques de grands travaux. Il a évoqué l’isolation des bâtiments anciens. Très bonne idée. Apparemment déjà proposée par Sarkozy ? Il l’approuve et le soutient. Mais dans les faits, rien n’avance vraiment. Et pour cause !
La question du financement n’a pas été abordée… je vais m’y essayer… il faudra faire preuve d’inventivité, en pensant des modes financements nouveaux, qui intègrent des logiques de long-terme et des critères qualitatifs, qu’ils soient environnementaux ou sociaux. L’aspect financier venant sanctionner l’efficacité des actions menées. L’efficacité au service de projets politiques. Et non l’efficacité pour l’efficacité. Cela est au cœur du sujet de la réforme du système financier. Il faudra également de la poigne, pour éviter que des logiques purement financières , qui ne bénéficient qu’à une infime majorité de grands actionnaires - et à la nouvelle classe que je qualifie « d’ouvriers de la finance » - ne rendent impossible la réalisation d’actions qui s’imposent aujourd’hui à nous, si nous souhaitons pouvoir être à nouveau fier d’appartenir au genre humain. Il n’est pas glorieux de s’accommoder d’un système qui, malgré notre degré élevé de connaissance et les possibilités illimitées qu’offrent les nouvelles technologies, voit s’accroître les inégalités tout en consommant plus de ressources que la terre ne peut en produire… Je n’ose imaginer les scénarios catastrophes. Des émeutes (il y en a déjà). Des guerres (aussi). Des morts (aussi). Beaucoup. Beaucoup plus qu'ajourd'hui. Je préfère imaginer une issue plus douce, ou le système n’imploserait pas, mais où on lui aurait fait subir un certain nombre de transformations profondes qui lui permettrait de poursuivre sa route. Il faut que le pouvoir politique, qui est le seul à avoir la légitimité populaire, reprenne le dessus sur le pouvoir financier. Et il faut créer pour cela des instances mondiales élargies et fortes. Un gouvernement mondial. Le G7 à vécu.
Je m’éloigne ici du cœur de l’actualité. Un mot tout de même sur la loi sur l’audiovisuel qui doit être votée la semaine prochaine. Il s’agit de faire nommer le président de tout le service public par l’exécutif. Il s’agirait d’une entorse profonde à un des piliers de la démocratie qui est la séparation des pouvoirs. Sarkozy fait du Berlusconi. Il faut réagir ! Je soutiens François Bayrou dans sa volonté de voir déposer une motion de censure. Hélas, le pauvre n’a pas assez de députés pour le faire seul. Il devra espérer que les socialistes se réveillent et acceptent de jouer le jeu… le risque étant qu’ils soient vexés de s’être fait doubler sur ce coup… sauront-ils faire preuve de grandeur, comme l’appelle de ses vœux Mr Ayraux, le président de leur groupe à l’assemblée nationale ? Je les y encourage.
J’espère que l’on aura l’occasion de réentendre François dans les prochains jours. Je n’ai pas évoqué tous les sujets qu’il a soulevés. Il avait travaillé. Il était au courant, mieux que les journalistes, des toutes dernières lois ou amendements qui circulaient à l’assemblée… il est sur le terrain, deux à trois jours par semaine. En somme, il fait son job de député de l’opposition. L’œil vif, le sourcil brillant, Bayrou, que l’on raille souvent, a été bon. Il nous a mis en garde. Alors que nous n’étions plus sur nos gardes. Bien que toujours un peu hésitant par moments, son discours était plutôt brillant. Ses références, classiques, mais bien choisies. Son petit côté littéraire est rafraîchissant.
L’homme peine à décliner ses idées en propositions concrètes. L’homme accuse plus qu’il ne propose. François Bayrou est un intellectuel, pas un homme d’action. Mais il donne des pistes. Il incarne des valeurs justes et rassurantes. Il n’est pas dénué d’un certain charisme. Bien sûr, il est en plein calcul politique. Mais pour qui souhaite un jour arriver aux responsabilités, cela est inévitable.
Il a désormais besoin d’un parti. La naissance du Modem est lente est pénible. J’y ai glissé le bout de mon nez il y a quelques temps. Hélas, j’ai vite été confronté à un certain nombre de choses qui m’ont fait douter du fait que le Modem puisse être un parti « pas comme les autres ». J’ai même été très déçu par la tournure qu’ont prises les élections municipales. Peut-être François Bayrou a-t-il montré là certaines de ses limites en tant que leader politique... ou peut-être que le Modem, portant des restes d'UDF en son sein, avec ce que cela implique comme histoire, ne peut incarner, profondément, le changement ?
C'est pourquoi je n'ai pas renouvelé ma cotisation. Trop de doutes. De plus, il est trop tôt pour parler de 2012. Je partage en revanche l'idée selon laquelle être de droite ou de gauche n'a plus réellement de sens. Il faut occuper un nouvel espace, peu importe où il se trouve, où se rassembleront tout ceux qui souhaitent que les choses changent, vraiment, sans effectuer un retour en arrière (que la gauche de la gauche incarne, selon moi), ni une fuite en avant (celle du gouvernement). Cela peut-être au Modem... ou ailleurs?
21:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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